jerome peignot

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 Jérôme Peignot
 (xjeromepeignot@free.frx)

 

 

 

 

 

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Le gai savoir de la mort

Épilogue

J’éprouve pour finir le besoin de revenir à nouveau sur ce que d’aucuns estimeront peut-être ne pas avoir été cerné avec assez de fermeté. Le bonheur qui a été le mien de vivre avec Lola comme l’effort qu’il m’a fallu accomplir de vivre sous son toit dans sa familiarité, son départ survenu ; la mort de Sophie, ma jumelle apparemment vécue par elle dans un éblouissement ; la connaissance, enfin, que j’ai eue il y a peu, à l’hôpital, de ma propre mort côtoyée de près. Autant de circonstances qui me permettent d’affirmer que partir peut, en effet, se solder par une joie profonde. On ne me croit pas. Pourquoi, dès que ce sujet de la mort surgit cherche-t-on tant à s’aveugler ? Pourquoi, comme on ne le croit toujours que trop, y aurait-il davantage de raisons de s’affliger de partir qu’il n’y en a de se sentir comblé ? En toute logique, il n’est rien qui ne nous convie à penser le contraire. Mieux encore : on ne saurait nier que, pour peu qu’elle soit naturelle, la mort est un accomplissement de soi qui nous fond à la splendeur du monde telle que le ciel étoilé d’une nuit d’été nous en donne une idée.

Ce que, sans conteste, nous éprouvons à la crête de l’orgasme, d’avance nous dit de quoi la mort est faite, de quelle lumière, de quel éblouissement. Ne serait-ce que du fait de cette vision on peut avancer que non seulement un avant-goût de la mort nous est donné de notre vivant mais une connaissance pleine et entière. Ce que je dis là a même sa transcription graphique. Faute de la voir représentée ici il n’est pas difficile de l’évoquer. Pour ce faire il n’est en esprit que de transcrire dans un caractère antique sans empattement, le mot inouï reproduit huit fois, les lettres disposées en étoiles autour de la lettre O. C’est alors que, le sens du terme aidant, on disposera de la représentation relativement fidèle du resplendissant soleil qui occupe notre regard à l’instant de l’orgasme amoureux. Alors la gloire de l’astre fait écho à celle que nous tirons du fait d’être aimé. La seule différence de l’amour que nous éprouverons à l’instant de la mort d’avec celui que nous ressentions lorsque nous n’étions que vivants est que, lui, sera véritablement éternel.

« Nous nous sommes aimés jadis en rêve, et, à présent, nous nous aimons jusque dans la mort.
– C’est le miracle du dieu amour.
– Qu’est-ce que le rêve ? Qu’est-ce que la mort ?
– De simples mots. L’amour seul est vérité. Je t’aime éternelle beauté. »

Henrich Heine le dit implicitement : si l’amour introduit la vie il assure aussi un avant-goût de la mort. Comme tous ceux qui écrivent, Heine est en effet doté d’un moyen que n’ont pas les autres de savoir quelle sorte de conscience sera la nôtre une fois la mort venue. Ces boucles qu’il dessine, ces mots qu’il forge, cet emportement consécutif aux phrases ou, a fortiori, aux vers qu’il façonne, mettent jusqu’à l’envahir tout entier, le ciel dans sa vie. La griserie qu’il en tire le rend tout à la fois absent et, dans le même temps, plus présent au monde qu’il ne l’a jamais été. Je le dis comme je l’ai éprouvé : écrire c’est savoir non seulement ce qu’être mort signifie mais encore que c’est avec bonheur que nous vivons l’éternité.

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